mercredi 16 juillet 2008

La semaine en papier: mes dernières lectures

Pas de bandes dessinées, ni de comix ou de manga, mais juste les derniers romans que j'ai lus, et qui m'ont beaucoup plus.



Relecture du Festin nu (1959) de William S. Burroughs, après une première lecture il y a quelques années, et un nombre de relectures indécentes de Junky (1953) et de la Machine Molle (1961). Un inquiétant cauchemar nourri aux drogues hallucinatoires et de fantasmes pervers.

Toutes les rues de la ville courent entre des gorges profondes qui débouchent sur une grande place en forme de haricot. Les façades entourant la place constamment baignée d'ombre sont percées d'alvéoles, taudis ou cafés, les uns profonds de quelques pieds, les autres se perdant en un labyrinthe de chambres et de couloirs.
A tous les niveaux, un lacis de ponts, de passerelles, de câbles de tramways à crémaillère. De jeunes catatoniques travestis en femmes (robes de jute et haillons pourrissants, leurs visages lourdement et crûment bariolés pour cacher l'écorce d'ecchymoses et de plaies mal cicatrisées, sillons purulents creusés jusqu'à la nacre de l'os) se frottent muettement contre les passants avec une avidité gluante.
Des trafiquants de Viande Noire - la chair de la scolopendre aquatique noire, le Mille-Pattes géant qui peut atteindre deux mètres et vit dans un univers de roches sombres et de lagunes aux couleurs d'arc-en-ciel - exhibent des crustacés paralysés au fond des caches secrètes de la Plaza qui ne sont accessibles qu'aux Mangeurs de Viande.
On y voit les adeptes de vocations anachroniques et à peine imaginables qui gribouillent en étrusques - des amateurs de drogues pas encore synthétisés, des exciseurs de sensibilité télépathique, des osthéopathes de l'esprit, des agents spéciaux chargés d'enquêter sur les délits que dénoncent fielleusement des joueurs d'échecs paranoïdes, des trafiquants de marché noir de la Troisième Guerre mondiale, des huissiers qui délivrent des exploits fragmentaires rédigés en stéréographiqe hébéphréniques et stigmatisant d'odieuses mutilations de l'esprit, des fonctionnaires d'Etats policiers non constitués, des briseurs de rêves et autres nostalgies sublimes testés sur les cellules sensibilisés par le Mal de Drogue et troqués contre les matériaux bruts de la volonté, des buveurs du Fluide Lourd scellé dans l'ambre clair des rêves ...
(page 94)






American Pysho (1991) de Bret Easton Ellis: je le relis aussi avec plaisir à chaque fois. J'adore ce style narratif: longues loghorrées verbales à demi délirantes. Ici on a droit à la biographie blanche (c'est-à-dire vide de sens, ET pleine de cocaïne) et (très, très) sanglante d'un yuppie serial killer. Et c'est parfois assez drôle.
Un classique, à l'origine d'un film potable de Marry Horron, et ayant inspiré la série Dexter.

J'emporte un Uzi au club de gym
Une nuit sans lune, dans la nudité des vestiaires d'Xclusive. Je me suis entrainé pendant deux heures, je me sens en forme. Le fusil rangé dans mon casier est un Uzi, qui m'a couté sept cent )dollars et, bien que je transporte également un Ruger Mini (469$) dans mon attaché-case Bottega Veneta, et que ce dernier soit l'arme préféré des la plupart des chasseurs, je n'aime pas son allure; l'Uzi a quelque chose de plus viril, un côté dramatique qui m'exalte et, assis, le walkman aux oreilles, avec un collant en Lycra à deux cents dollars, tandis que le Valium commence à faire son effet, je laisse mon regard se perdre dans la pénombre, en proie à la tentation. Le viol, suivi du meurtre, d'un étudiante de l'Université de New-York, hier soir, derrière le Gristead de University PLace, non loin de son foyer, a été extrêmement plaisant, malgré l'horaire incongru et la rapidité inaccoutumée de la chose, et, bien que rien n'ait laissé présager un tel revirement, je me sens soudain d'humeur rêveuse, et range le fusil, qui pour moi est le symbole de l'ordre, dans le casier, pour une prochaine fois. Il faut que j'aille rapporter des cassettes vidéo, que je m'arrête à un distributeur pour tirer de l'argent, et j'ai une réservation au 150 Wooster, ce qui n'a pas été facile à obtenir.
(page 457)

Enfin, je suis plongé dans Alice aux pays des Merveilles de Lewis Carroll depuis un petit moment: pas que cette fantaisie victorienne soit difficile ou longue, mais je l'exploite pour un projet en cours! (pour le lire online).

2 commentaires:

  1. Bah, franchement, j'aimerais bien le lire, "The Naked Lunch"... Parce que le film de Cronenberg m'a énormément plu mais que j'aime toujours lire les livres avant de voir les adaptations :)

    Bref, t'as du goût (normal, tu bosses à RPG. xD)

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  2. Je n'ai pas vu cette adaptation (malgré des critiques assez élogieuses), mais franchement, lis le livre, c'est un pur "trip", c'est culte, toussa.

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